Nous n’allons pas revenir ni sur les motivations ni sur les objectifs, non atteints, de la venue de Faouzi Benzarti à la tête des destinées techniques de l’équipe professionnelle de l’Espérance Sportive de Tunis (EST). Dans ce billet, il est question de démontrer les errements technico-tactiques de l’entraineur tunisien le plus titré, lui qui fait quasiment l’unanimité au sein des supporters Sang et Or de ne plus pouvoir apporter aucun plus, à tort ou à raison.

D’aucuns voudraient sûrement faire un bilan entier après son remplacement d’Ammar Souayeh, voire revenir au match retour contre Al Ahly SC (Égypte) en quart de finale de la Ligue des Champions africaine (CLA) 2017, où il s’est fait battre à plate couture par son homologue égyptien El Badry, notamment suite au passage au 4-2-4, face auquel Benzarti n’a pas réagi tactiquement. Pour rendre à César ce qui lui appartient, Benzarti s’est réveillé de sa léthargie africaine contre l’Étoile du Sahel (ESS) en championnat face au même défi, en demandant à Coulibaly de coller à la défense et ainsi réduire à néant l’intention adverse de sauter le milieu et d’insister sur les côtés en profondeur. Les difficultés actuelles de l’Espérance sont bien plus nombreuses que le simple ajustement tactique au cours d’un match. C’est un problème de choix, d’approche et d’attitude.

Tous les observateurs du Derby de la capitale contre le Club Africain (CA), du Clasico contre l’Étoile ou même du match à domicile contre l’Espérance de Zarzis (ESZ) s’accordent sur la pâle copie présentée par les protégés de Benzarti. Une excuse? Il y a certes l’absence du meilleur attaquant et buteur du championnat, l’international Khenissi, absent lors des trois matchs. Au derby, l’autre feu-follet Badri, utilisé curieusement par le sélectionneur national derrière l(es) attaquant(s), n’était pas présent non plus, tout comme Bessghaïer, tous deux sanctionnés suite aux agressions de toutes sortes subies à Sousse.

Nous baserons donc notre analyse sur le Derby, tout en faisant des extrapolations somme toute non fortuites. Ainsi contre les Rouge et Blanc de la capitale, Benzarti propose une équipe en 4-2-3-1 avec comme protagonistes, Mbarki, Chammam, Dhaouadi et Talbi formant le quatuor défensif, Coulibaly et Kom, devant la défense, et le trio Chaalali-Sassi-Bguir juste derrière la pointe Ben Youssef.

D’abord et au-delà du choix de Dhaouadi en défense, lequel passe par une période creuse avec les mêmes erreurs techniques (contrôles et passes – longues – à l’adversaire) et tactiques (sens d’anticipation altéré, interventions et fautes en retard), sur les deux flancs, Mbarki, brûlé sans concurrence, et Chammam, en baisse de régime suite à sa belle performance de la saison dernière, ne donnent plus les garanties, notamment offensives, dont a besoin une équipe comme l’Espérance. Si le retour de Ben Mohamed est attendu avec impatience pour prendre la relève sur le côté gauche, le côté droit, malgré la présence de Meskini, reste un casse-tête, du moins jusqu’au retour annoncé de Derbali, qui pourra faire respirer l’ex-cabiste, sinon le bousculer.

Là où le bât blesse dans les choix de Benzarti, c’est bien évidemment devant. Hormis Coulibaly, tous les autres joueurs au nombre de cinq (5), sans exception, ont évolué dans des rôles et postes qui ne sont pas les leurs au Derby. Toute une moitié d’équipe qui est défigurée!

À commencer par Kom, qui a été curieusement placé au même niveau que Coulibaly, un peu décalé à gauche. Certes, le Camerounais avait des consignes plus libres en matière de marge de manœuvre, fort heureusement d’ailleurs, mais nous ne nous expliquons pas du tout ce choix tactiquement en fonction du jeu que l’Espérance était appelée à développer. D’autant plus qu’en face, le CA, connait ses pires difficultés en ce début de saison, confirmées du reste pendant le match. Du coup, Coulibaly a disparu de la circulation ou presque, jouant quasiment les inutilités, ni présent en phase de relance ni en phase de soutien, voire peu ou pas décisif en phase défensive … sauf par à-coups. Son ouverture vers Chaalali (86’) représenterait un accident de parcours, si on devait se fier à ses statistiques en matière de passes positives, sans parler des tirs tentés. Car si l’on devait parler des vraies statistiques, à savoir la dernière passe et les buts inscrits, Coulibaly pourrait sûrement se targuer d’occuper l’une des dernières marches du championnat tunisien par rapport aux joueurs occupant le même poste … tout en évoluant avec l’équipe la plus prolifique, pourtant!

La bonne nouvelle par contre, c’est que Kom a pris la mesure de sa propre dimension en fournissant un match plein sur le double plan défensif (plus de ballons récupérés que Coulibaly) et offensif, puisqu’il a pris sur les épaules la tâche de la relance basse, quand Dhaouadi ne décide pas de balancer ses chandelles à l’adversaire. Quand on pense que Kom a ciré le banc pendant toute cette phase aller ou presque, on est bien en droit de se poser des questions sur le choix de la sentinelle devant la défense par Benzarti.
Chaalali, un milieu qui excelle dans le box-to-box, étant au four et au moulin, a été, lui, balancé, de nouveau devrions-nous insister, à droite pour animer, avec les montées de Mbarki, le couloir. Chaalali a beau se démener dans ce rôle, il est tout simplement incapable d’y exceller vu que cela demande, entre autres, une qualité de dribble et des courses, que ce soit en débordement ou en diagonale vers le box que l’international tunisien n’a pas dans l’ADN. C’est un non-sens qui dure depuis longtemps, d’autant plus qu’il rappelle une expérience peu reluisante du même Benzarti, lorsqu’il a reconverti l’un des meilleures sentinelles que l’Espérance a connue, l’ex international Chihi, en inter-droit!

Bguir, un milieu qui aime jouer dans l’axe et en piston, presque toujours utilisé depuis son arrivée à la Mkachkha derrière la pointe, a quant à lui été balancé, pour la première fois du reste, pour animer le couloir gauche. L’ex Stayda n’a pas non plus les qualités, notamment l’explosivité, encore moins un jeu en débordement évolué partant de son poste de prédilection. Pis, son rôle habituel a été confié à un autre joueur, à savoir Sassi, n’évoluant pas non plus dans son propre registre, une aberration de plus à mettre sur le dos des choix cocasses de Benzarti!

Même en l’absence de Badri et Bessghaïer, tout en considérant le passage de Ben Youssef en pointe (nous y reviendrons plus loin), lequel ne peut être considéré comme un joueur de couloir par ailleurs, aussi bien Ben Hatira que Rejaïbi auraient pu aspirer à une place de titulaire, s’il fallait coûte que coûte garder la configuration de 4-2-3-1 (apparemment, c’est une obsession) à la place des Chaalali-Bguir. Sauf que Benzarti continue son manège de brûler des joueurs, incluant indirectement ceux en qui il a confiance, qui ne seraient peut-être pas des lumières, mais qui peuvent sûrement prêter main forte en faisant appel à leurs services. L’ex bizertin a même été décisif lors de la finale de Coupe de Tunisie contre le même adversaire il y a à peine 15 mois.

Sassi, de son côté, a été placé dans une position théoriquement plus avancée, mais comme on l’a vu pendant le match, il n’a pas su assurer une présence nécessaire dans le box adverse, quand Ben Youssef se démène sur les côtés ou lors des centres latéraux. Il l’a fait une seule fois suite à une combinaison à droite ponctuée par le centre de Mbarki avec une reprise de la tête ratée (50’). Il a passé le plus de son temps jouer un peu plus bas, revenant au galop à son naturel, avec aucun tir tenté d’en dehors de la surface. Même si Bguir est plus indiqué pour ce rôle, sans pour autant y exceller à notre sens, notamment quand il joue derrière un seul attaquant en pointe, Benzarti a choisi de défigurer tout le jeu espérantiste, en se rangeant derrière un 4-2-3-1 dénaturé.

Devant, Benzarti n’a certes pas le choix vu les blessures de Khenissi et Jouini et le peu de compétitivité d’Eneramo. Il a choisi de faire évoluer Ben Youssef en pointe, alors qu’à la base c’est un second attaquant (et non un joueur de couloir insistons-nous) qui aime bien tourner autour d’un pivot ou même jouer en piston avec un autre attaquant. Mais Benzarti l’a toujours utilisé sans exception sur le côté, pis, celui droit (Maaloul si tu nous regardes!), alors qu’il est définitivement plus efficace à gauche, grâce à ses enchainement crochet-tir du pied droit et ses courses diagonales vers le box pour des reprises de tête. Ben Youssef est un très bon joueur de percussion avec une qualité de débordement et de centre très en deçà de ce qui peut s’offrir pour le rôle. Comparé à Badri, qui peut tout aussi jouer à gauche qu’à droite avec le même bonheur, le rapprochement ne tient aucunement.

Alors la question qui se pose : n’y avait-il pas moyen de jouer autrement avec les joueurs disponibles? La réponse ne peut être que positive. D’abord, si on devait utiliser le même onze choisi par Benzarti, il était plus indiqué de faire avancer Kom d’un cran, ce qui aurait sûrement donné plus de mordant à la manœuvre Sang et Or et éviter au Camerounais un retard de 20-30m en phase de possession ou de reconversion. Avec Kom, Chaalali jouant en milieu relayeur droit,, pas sur la ligne de touche cela s’entend, cela aurait pu asphyxier encore plus le milieu et la manœuvre clubiste, mais surtout remonter le barycentre l’équipe avec des joueurs en pleine maitrise de leur sujet … surtout! Juste devant, Sassi et Bguir pouvaient se relayer derrière Ben Youssef, surtout que physiquement ni l’un ni l’autre n’est au meilleur de sa forme. On serait donc passé à un 4-1-4-1 qui pourrait être interprété également en 4-3-2-1 en phase de récupération notamment, bien plus indiqué pour les profils utilisés sans le moindre d’un doute.

En 4-1-3-2, il y avait place de proposer une variante plus offensive, avec Kom sentinelle, Chaalali-Sassi au relais supportés par Bguir, tout en donnant la liberté à Ben Youssef de tourner autour d’Eneramo, avec Ben Hatira qui entrerait en seconde mi-temps à la place du Nigérian pour profiter des espaces laissés par les clubistes.

En conclusion, le football moderne, qui se base essentiellement sur la rapidité d’exécution, ne peut être conçu autour de joueurs en constante recherche de repères sur le terrain. Pour exemple (ils sont légion par ailleurs), quand l’entraineur de la Juventus de Turin, Allegri, a fait appel à Sturaro pour évoluer à droite de la défense, la sentence ne s’est pas fait attendre à Barcelone. Que dire lorsque tu défigures la moitié de l’équipe! Ce que nous avons vu lors du dernier Derby est tout simplement une insulte au football, un indice de plus des errements répétitifs et inexplicables de Benzarti depuis bien longtemps, ayant eu pour conséquences une élimination par la petite porte de la CLA 2017, un rendement loin des aspirations des supporters et une atmosphère des plus tendues et malsaines vécues de l’ère Hamdi Meddeb. Le remplacement prochain de Benzarti, après un retour qui n’avait ni queue ni tête, est un secret de polichinelle. Son départ par contre est une question d’urgence pour arrêter l’hémorragie!

K.B

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